Le futur du travail : sans travail, vraiment ?
Un documentaire, After Work, remet au goût du jour la critique de "l'idéologie du travail". De quoi sera fait le futur du travail ? : la vacance ou le retour aux vieux modèles productivistes ?
Bienvenue dans cette nouvelle Newsletter de Zevillage. Je suis Xavier de Mazenod. Je vous envoie chaque jeudi, dans votre boîte mail, des idées et des trouvailles pour comprendre ce que nous réserve le futur du travail et pour vous aider à travailler mieux et vivre mieux.

Merci à Jean-Luc qui m’a envoyé l‘interview du réalisateur Erik Gandini, auteur italo-suédois du documentaire After Work.
Érik Gandini s'est intéressé au travail, inspiré par les recherches du sociologue Roland Paulsen sur "l'idéologie du travail". Le film explore la possibilité d'un monde sans travail et pose la question de notre rapport actuel au travail. Comment se fait-il que les heures de travail ne diminuent pas, alors que la technologie permet d’énormes gains de productivité depuis un siècle, et qu’elle va continuer à le faire ?
Le documentariste pose l’hypothèse que cet acharnement à travailler est affaire de culture et d’idéologie. Il examine donc la situation dans quatre pays développés aux cultures différentes :
les États-Unis où il est normal de travailler énormément, et où, selon Gandini, il existe une incapacité collective à imaginer la vie sans travail
la Corée du Sud, caractérisés par une culture du travail intense et dysfonctionnelle, remise en cause par les nouvelles générations. En Corée, “le ministère du Travail mène des campagnes de communication pour inciter les gens à travailler moins. Dans certaines entreprises, les ordinateurs s’éteignent automatiquement à 18h, pour empêcher les gens de continuer à travailler”
l'Italie, où émerge un phénomène de jeunes "Neets" (no education, no employment, no training) qui choisissent de ne pas travailler
le Koweït, où le million de citoyens reçoit un salaire mais, en contre-partie, doit se rendre au bureau… pour ne rien faire. Pendant que trois millions d’immigrés travaillent énormément, dans des conditions difficiles, au service des Koweïtis.
Le réalisateur souligne que malgré les progrès technologiques, nous restons attachés au modèle des "8-8-8" (8 heures de travail, 8 heures de loisir, 8 heures de sommeil) établi par Henry Ford. Il constate que cette idéologie est si profondément ancrée que les gens ont du mal à imaginer une vie sans travail.
Néanmoins, des changements émergent, avec des expérimentations comme la semaine de quatre jours, ou une remise en question générationnelle en Corée du Sud. Érik Gandini est convaincu que les progrès technologiques et l’incontournable intelligence artificielle nous permettraient de travailler moins.
Son ambition, avec After Work, est de nous pousser à réfléchir. Car, pour lui, “il est difficile de remettre en question le travail tant il est profondément ancré dans notre système de valeurs”.
Se poser la question de la fin du travail et de l’adoration du travail n’est pas nouveau. Le journaliste Paul Lafargue, gendre de Karl Marx, se posait déjà la question en 1880 dans son ouvrage le Droit à la paresse. Il n’y critiquait pas seulement le travail qui exploite, “l’organisation capitaliste” du travail comme ses amis militants socialistes, mais la “valeur travai” et “l’idéologie du travail”.
Vers une contre-révolution du travail ?
L’étude publiée aujourd’hui par la Fondation Jean-Jaurès apporte un complément plus pragmatique, et des nuances, à la réflexion engagée par le documentaire After Work.
Rapport au travail : vers une contre-révolution ? (PDF), explore les tensions actuelles entre les aspirations post-Covid, et les tentatives de retour à l'ancien modèle d’organisation.
La quête de sens, l'épanouissement personnel et la conciliation entre vie privée et vie professionnelle, sont devenus des aspirations clairement marquées, surtout chez les jeunes et chez les cadres. La frustration liée au manque de reconnaissance, en particulier chez les femmes et les seniors, est de moins en moins bien acceptée.
Malgré cela, les tentations de "contre-révolution", des retours en arrière (voir les retours forcés au bureau) sont marqués par des mesures coercitives de la part des entreprises ou par des clichés persistants (télétravail = télévacances). Autre manifestation de cette marche arrière, la lutte contre l’absentéisme devient répressive, mais ne s’attaque pas aux causes.
Romain Bendavid, l’auteur de l’étude, conclut par un plaidoyer pour la nuance. Le monde du travail ne se divise pas entre feignants et bosseurs. “Les réflexions autour du travail gagneraient en efficacité et en sérénité à moins fracturer les Français autour de prétendus clivages : ceux qui vivent de leur travail et ceux qui vivent de l’assistanat, ceux qui se lèvent tôt le matin et ceux qui préfèrent se mettre en arrêt, ceux qui préfèrent travailler plus pour gagner plus et ceux qui privilégient les loisirs…”.
Ces réflexions ne prennent évidemment pas en compte tous ceux qui aiment simplement leur travail. Cela existe, mais c’est une autre histoire.
Projection d’After work (2023) d’Érik Gandini, suivie d'un débat.
Samedi 15 mars à 15h | Durée : 1h22. Entrée gratuite mais inscription obligatoire
😨 Ils l’ont bien cherché
Le retour forcé au bureau déclenche une vague de démissions et une grève illimitée chez le fournisseur d'énergie espagnol Holaluz. La fin du télétravail se transforme en crise sociale interne.
😇 Bonne conscience
Un “management plus humain”, qui peut être contre ! Et c’est bien là le problème pour Philippe Silberzahn : si personne ne peut être contre, c’est que ça ne veut rien dire ou, pire, que chacun y met ce qu’il veut.
😰 J’veux du sens
Employée de banque depuis dix ans, Céline voulait un métier plus humain. Elle a repris des études et est devenue infirmière. Dès ses premiers stages, elle déchante. Aujourd’hui, elle regrette la banque et ses avantages salariaux.
❓ Pour ou contre ?
Alors que la plupart des entreprises demandent un retour massif de leurs salariés au bureau, d’autres n’entendent pas rétrocéder ce qu’elles considèrent désormais être un acquis. Il y a débat.
🏡 La province existe, il l’a rencontrée
La parution récente du film En fanfare et son succès constituent l’un des symptômes du regain d’intérêt pour la province. Mais il éclaire également les transformations que le pays a connues au cours des dernières décennies. Une étude de Jérôme Fourquet.
😱 Ça se dégrade !
La santé mentale des salariés est un sujet qui prend de l’importance dans le monde du travail. Notamment dans les secteurs de l’hébergement médico-légal, de l’hôtellerie et de la restauration ou encore de l’administration publique.
🇫🇷 Vive la France
Personne ne sait trop ce qu’est l’IA, quels sont ses bénéfices et ses risques, quels seront ses effets sur le travail. Mais certains pensent déjà négociations syndicales et régulation.
Alexandre Dana utilise ses Carnet du Temps, pour gérer son emploi du temps plus efficacement. Et il s’appuie sur quelques conseils, dont voici un extrait issu de sa newsletter :
tenter le coup des trois objectifs quotidiens : je commence chaque journée en définissant les trois tâches les plus importantes à accomplir.
transformer son calendrier en liste de tâches : le calendrier force à allouer un temps précis à chaque tâche, et ça marche mille fois mieux qu'une liste infinie de choses à faire !
traiter les emails comme une boîte aux lettres : au lieu de consulter constamment ses emails, se limiter à quelques consultations par jour, idéalement l'après-midi. J'ai encore tellement de mal avec cette astuce, pourtant si utile.
sanctuariser le temps de concentration en tentant de réserver trois heures par jour pour un travail profond et concentré.
limiter les réunions, en annuler le maximum. Cette astuce a changé ma vie !
appliquer la règle des deux minutes : si une tâche prend moins de deux minutes, on la fait immédiatement au lieu de l'ajouter à une liste. C'est plus efficace que de la noter et d'y revenir plus tard.
ne pas oublier que tout système de productivité finit par échouer : les pauses s'allongent, on développe une aversion pour le système, et on finit par l'oublier complètement. C'est normal ! Acceptons de faire évoluer nos systèmes avec le temps.
Vite dit
Les milliardaires, pas aussi puissants qu’on le croit !🌀 Vélotaf : ces salariés ont reçu un vélo électrique 🌀 Citigroup refuse le retour au bureau. Son PDG est une femme, c’est lié ? 🌀 Des reportages pipeautés grâce à l’IA sur France culture. Pour la bonne cause.
Vous connaissez la différence entre un boss et un leader ? Explications en images.
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