L'âge du capitaine et le naufrage des retraites
La moitié des Français, passé 60 ans, ne travaille déjà plus. À partir de là, se battre sur l'âge de départ à la retraite est une absurdité. Parlons moins de votre âge, plus de votre travail.

À 61 ans, Daniel a bénéficié d’un bilan de compétences agrémenté d’une poignée de main. Une rupture conventionnelle. Il n’était pas d’accord, sa signature figure pourtant au bas de la page de la rupture. Depuis, il consulte les offres d’emplois, rappelle d’anciens collègues, et mesure qu’à son âge le téléphone sonne dans le vide. Trois ans à tenir avant la retrait. Comment les remplir ?
Pendant qu’il cherche, le pays s’échauffe autour d’un nombre : 62, 64, peut-être 67 ans. C’est pratique, il tient sur une pancarte, se crie dans les meetings, se promène dans les manifs. Bien lisible, il cache la réalité.
Le Conseil d’orientation des retraites (COR) rend son rapport d’activité 2026 aujourd’hui. Il relève le taux de sa prévision de déficit des retraites à l’horizon 2070 : 2,4 % du PIB contre 1,4 % dans la prévisions de l’an dernier. Selon le COR, l’équilibre des comptes tiendrait par le seul levier de l’âge, porté à 67,6 ans en 2070. La précision a quelque chose de touchant.
Le chiffre ment d’abord sur le travail. Passé 60 ans, la moitié des Français ne travaillent déjà plus : le taux d’emploi des 60-64 ans plafonne à 42 %. Le décrochage est brutal : 8 sur 10 sont en poste à 59 ans, 4 sur 10 à 62 ans. On légifère sur l’âge de sortie d’un emploi que beaucoup ont quitté bien avant, poussés dehors par un marché qui ne veut plus d’eux.
Le nombre, 67,6, est une mise en scène. Car toute la dramaturgie du déficit prévu en 2070 repose sur une hypothèse que le COR vient de corriger : effondrement de la fécondité à 1,45 enfant par femme, contre 1,8 retenu jusqu’à l’an dernier, alors que le chiffre réel était déjà tombé à 1,56. Quarante-cinq ans de projections sont suspendus à une décimale de natalité que personne ne sait anticiper, et que l’on brandira pourtant comme une certitude. Il n’est pas inutile de rappeler, une fois de plus, que dans notre système de retraite par répartition, les actifs financent les retraites.
Enfin, ce chiffre, 67,6 est supposé assurer un traitement égal de tous les retraités. Un âge unique met dans la même panier le maçon entré en apprentissage à 16 ans et le cadre diplômé qui a commencé à travailler à 25 ans. Le premier aura cotisé 45 ans, le second 36. Compter les années travaillées serait plus juste. À une condition : prendre en compte les carrières fragmentées, les temps partiels subis par les femmes, les baisses de revenus des chômeurs.
Le rapport du COR est alarmiste. Il y a de quoi. Michel Rocard prédisait : le problème des retraites est “capable de faire sauter n'importe quel gouvernement”. Plusieurs décennies plus tard, aucun gouvernement n’a sauté. Aucun n’a attaqué le problème à la racine.
Pendant ce temps-là, le téléphone de Daniel sonne toujours dans le vide.
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La semaine dernière, on racontait ici l’histoire des salariés de Duralex, repreneurs de leur verrerie en coopérative. Le four tournait encore, les commandes rentraient. Il manquait seulement une forme juridique participative.
Le 23 avril, à Bercy, la transmission-reprise est devenue “grande cause économique nationale”, avec 500 000 entreprises à céder dans les 10 ans qui viennent. Cinq jours plus tard, une proposition de loi, déposée à l’Assemblée nationale, définissait un “droit de préférence salariale“ : à offres équivalentes devant le tribunal de commerce, celle des salariés en coopérative passerait devant. Un amendement au budget de l’État y ajoute un fonds dédié, pour desserrer l’étau bancaire que connaissent bien ceux qui se sont lancés.
On peut s’en réjouir sans détour. Le législateur ne fait que reconnaître ce qui marchait déjà. Les coopératives affichent un taux de survie à 5 ans de 79 %, quand la moyenne des entreprises plafonne à 61 %. Le modèle avait fait ses preuves avant qu’on songe à l’inscrire dans la loi.
NB : Faites-nous part de vos expériences. Quelques lignes suffisent : où, qui, quoi, comment, ce que ça a changé. On développera votre expérience ensemble pour publication dans cette rubrique.
🤔 Où sont passé les prompt engineers ?
Les postes exigeant des compétences en prompt engineering, ont triplé entre 2024 et 2026, alors que le titre Prompt Engineer a reculé d'environ 30 % sur la même période. Pas de panique, c’est juste que les IA ont évolué et on ne leur cause plus pareil.
😹 Invest in plouc land
La campagne est passée du rang de destination à celui de stratégie : longère achetée, louée en saisonnier, revendue deux ans plus tard avec 18% de plus-value. Les pionniers traînaient dans les cafés pour comprendre le pays, les nouveaux venus consultent les annonces.
😎 Le retour du click and mortar
Vous vous souvenez de la hype pour le click and mortar ? La stratégie d’entreprise qui liait l’activité en ligne et en présentiel. Elle a progressivement disparu au profit du tout click. Mais figurez-vous qu’elle redevient à la mode. Rien de tel que les vraies rencontres avec de vrais gens pour se raconter de vrais trucs. Et faire vendre.
🤣 C’est du bullshit que tu me causes
” Le mot bidon dispense de penser : il masque une idée confuse, sert de joker pour clore une discussion, et permet de justifier à peu de frais l'incompétence - «ce projet est bordélique» devient «on est en mode agile”. C’est pas moi qui le dit !
😉 Le sourire, outil de contrôle
Présenté comme le remède universel aux maux du travail moderne, le management bienveillant cache pourtant, derrière les mines ravies de façade et les belles intentions, une nouvelle forme de contrôle.
Vite dit
Il fait du mal (en douce) aux travailleurs 🌀 Vous connaissiez le quittoking ? 🌀 Trop forts ces pays africains 🌀 Ne vous laissez plus faire par les IA.
En 1972, une première loi impose l’égalité de salaire entre les femmes et les hommes. A travail égal, salaire égal. Oui, oui, 1972 !
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