Réindustrialisation ? Ré-industrie-réalisation
Il se pourrait que la réindustrialisation pronée par les politiques se réalise. Sans emplois. Un clou de plus dans le cercueil de notre vision (trés passée) du travail !
Cette semaine nous reprenons notre rythme normal de publication du jeudi. La semaine dernière, la lettre devait partir le jeudi, pendant nos vacances. Mais c’est bien tombé, c’était soir d’élections.

Il faut ré-industrialiser disent les décideurs politiques européens (mais pas que) en sautant comme des cabris ! Il faut ré-industrialiser. Faire revenir les usines chez nous. Reconstruire une classe ouvrière. Retrouver la souveraineté productive.
Sauf que les industries qui reviennent ou qui se créent, ne ressemblent plus à celles qui sont parties. Renault - oui Renault - qui a récemment réappris son métier auprès des Chinois, commence à peupler ses usines européennes de robots humanoïdes.
Jeff Bezos est en train de lever 100 milliards de dollars pour racheter l’industrie manufacturière mondiale dans les domaines de la fabrication de puces, de la défense, de l’aérospatiale. Racheter et automatiser grâce à sa startup d’IA, Project Prometheus. Le plan : construire un jumeau numérique de chaque usine. Le jour de la signature, le plan d’automatisation sera déjà bouclé. Les ouvriers ? Bezos ne s’est pas exprimé à leur sujet.
Ce n’est pas un cas isolé. C’est la logique du mouvement d’automatisation.
Benoit Zante commente, dans sa dernière newsletter, une conférence de la futurologue Amy Webb au festival SXSW 2026. Elle y présente, entre autres, son concept de Unlimited Labor (travail illimité). Il est “incarné par les agents IA, les usines sans employés ou les véhicules sans chauffeur - est sans doute celui dont les conséquences sont les plus directes et proches de nous, tant le travail est structurant pour nos sociétés.”
Depuis Adam Smith et sa manufacture d’épingles, dit-elle, toute l’architecture de l’économie (salaires, fiscalité, contrat social), s’est construite sur l’effort humain comme moteur. La réindustrialisation, que promettent les institutions, est censée restaurer ce moteur. Sauf qu’elle va l’éteindre définitivement. Les nouvelles usines produiront sans ouvriers. Le PIB augmentera. Les emplois, non.
Amy Webb, formule la question sans détour : comment appelle-t-on une économie florissante qui n’a pas besoin de vous ?
Des petits, des sans grades, des invisibles ont déjà amorcé le basculement. Ben Cera, Français installé à San Francisco, a construit seul, en trois mois, une plateforme, Polsia. Elle assure la gestion de façon autonome , automatiquement avec des agents IA, de micro-entreprises : code, marketing, emailings, publicités, support client pour… 49 dollars par mois. Il aurait déjà acquis 4 000 clients, pour unchiffre d’affaires de 4,4 millions de dollars.
Sa vision : une économie réorganisée autour de solo-preneurs qui pilotent des micro-entreprises assistées par des agents IA. Mais comme le note Benoit Raphael qui a testé l’outil : “Si l’IA détruit des millions d’emplois, tout le monde ne deviendra pas entrepreneur. L’histoire économique montre que les transitions technologiques ne redistribuent pas les cartes aussi proprement.”
L’essai du livre du sociologue Roger Sue, Pourquoi sommes-nous si mal représentés, complète le faisceau de toutes ces observations. Il y explique que les piliers institutionnels de notre société, comme le travail ou l’éducation, n’assurent plus leur rôle de cohésion sociale. La société civile, elle, est très dynamique et les pouvoirs publics n’ont guère évolué depuis le début de la Cinquième République.
Appliqué au travail, le diagnostic est précis : syndicats, conventions collectives, code du travail, tout cela a été conçu pour un monde d’usines avec des ouvriers dedans. Une société qui devient plus horizontale s’impose face à une représentation politique toujours plus verticale.
La réindustrialisation sans emplois ouvriers n’est pas seulement une promesse creuse. C’est une bombe à retardement politique. Les appareils représentatifs du travail vont défendre des emplois qui n’existeront plus, au nom de travailleurs qui n’auront plus de statut reconnu. Pendant ce temps, les nouvelles formes de travail (solo-preneurs augmentés par l’IA, collectifs d’indépendants, indépendants travaillant avec des plateformes) resteront invisibles dans les statistiques syndicales et absentes des tables de négociation.
Pour prendre en compte ces nouvelles formes de travail, Amy Webb propose un “contribution credit” : un prélèvement sur les gains de l’automatisation redistribué à ceux dont le travail a nourri les IA qui les remplacent.
Les usines reviennent. Les emplois aussi, à condition de les réinventer.
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Une étude du National Bureau of Economic Research (NBER) en Grande-Bretagne, intitulée Solitude, santé mentale et révolution du télétravail, révèle que le télétravail n'a pas entraîné d'augmentation à long terme de la solitude ou de symptômes de santé mentale négatifs. Ce qui apparaissait comme un problème lié au télétravail pendant la phase aiguë de la COVID-19 s’est révélé être un problème pandémique, résolu à mesure que les gens s’adaptaient aux nouvelles habitudes de travail et que la vie reprenait son cours normal.
😎 Tu me fais un café ?
Entre 30 et 50 % des salariés doivent effectuer des tâches sans lien avec leur poste ou leur expertise professionnelle. Résultat, ils deviennent silencieux, gardant pour eux leurs questions ou leurs suggestions, bien qu’elles pourraient s’avérer utiles pour l’entreprise.
👮♂️ Délinquant artificiel
En Chine, pour la première fois un robot humanoïde a été “arrêté” après avoir effrayé une femme de 70 ans. La victime a été envoyée à l’hôpital pour un examen.
🚌 Un tour en bus ?
Au Danemark, d’anciens bus urbains sont transformés en épiceries mobiles pour apporter des produits frais aux habitants des zones rurales, notamment les personnes âgées.
Télétravail et CO₂ : l’évidence qui résiste à l’examen
L’intuition est forte : télétravailler diminue les émissions de CO2. Moins de trajets domicile-travail, moins d’émissions. En France, un salarié émettait en moyenne 700 kg de CO₂ par an pour ses seuls déplacements. Supprimer une partie de ces trajets devrait mécaniquement améliorer le bilan.
Sauf que les chiffres nuancent le tableau. Une enquête auprès de 3 530 actifs montre bien une baisse réelle (environ 400 kg de CO₂ par an pour ceux qui télétravaillent au moins deux jours par semaine). Mais les effets rebond existent : hausse des déplacements privés, trajets plus longs les jours de présence, sans compter la baisse de l’adoption des véhicules électriques.
Ce dernier point est contre-intuitif. Moins de kilomètres au quotidien fait passer sous le seuil de rentabilité d’un véhicuke électrique. Le calcul s’inverse donc.
La conclusion des chercheurs est nette : le levier existe, mais il est conditionnel. Peu de télétravailleurs faisant beaucoup de télétravail valent mieux que beaucoup en faisant peu.
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