Où sont passés les bleus du contingent ?
L'IA, et ses agents, qui l'eût cru, éclaircit d'abors les rangs des juniors, et non pas des seniors.
Depuis la réforme de l’infanterie en 1803 par Bonaparte, le bleu apprend à charger son fusil et à tenir dans le rang en copiant le geste de l’homme placé à sa droite. En plus de la restructuration de l’infanterie, l’amalgame renforce la formation des jeunes recrues. Chaque régiment est constitué d’un bataillon de guerre pour deux bataillons de volontaires. Le régiment tient debout parce que le bleu se range à côté du vétéran.
Le junior d’aujourd’hui tient aussi son rang. Cela s’appelle le reporting, la synthèse de note, la première version de présentation que le senior rature au stylo rouge, la mise à jour du CRM, le compte rendu de réunion que personne ne lit sauf lui. Tâches ingrates, tâches de bleu. Cela ressemble à une corvée et tient lieu d’école. En recopiant des chiffres, il comprend d’où ils proviennent. Et quand le senior rature sa note, il comprend au passage la raison qui guide la rature.
Or les agents IA suppriment l’amalgame. La corvée du junior disparaît : fini le reporting, la synthèse, les premières slides, le suivi commercial de base.
L’entreprise de conseil Gartner promet 40% d’applications d’entreprise équipées d’agents pour la fin de l’année. Mais personne ne prévoit où le junior apprendra son métier. Une entreprise automatise une tâche plus vite qu’elle ne fabrique une expérience.
Les jeunes débutants encaissent les premiers coups de “l’agentification” de l’entreprise. Une étude de Stanford sur vingt cinq millions de salariés américains, mesure un recul de 13% de l’emploi des 22-25 ans dans les métiers les plus exposés à l’IA. L’emploi des plus expérimentés reste stable ou progresse. Comptables, développeurs, conseillers, réceptionnistes : l’entrée du métier se ferme.
Le Rapport SignalFire note que chez les géants du numérique, l’embauche de jeunes diplômés a chuté de 25% entre 2023 et 2024. La machine ne détruit pas tout le travail. Elle emporte le rang des novices.
On peut penser qu’il reste une contre-feu. Depuis les années 1990, le knowledge management promet de mettre tout le savoir maison en bocal. Wikis internes, procédures écrites, bases documentaires partagées, fiches de poste : on allait pouvoir conserver le savoir de l’entreprise.
Ikujiro Nonaka, le théoricien japonais du management, avait pourtant prévenu : le savoir qui compte ne se laisse pas écrire, il se transmet par contact, en faisant à côté de quelqu’un qui sait. Le coup d’œil. Le moment où l’on flaire que le dossier sent mauvais avant même de l’ouvrir.
Trente ans plus tard, le wiki n’a connu qu’un succès d’estime. Ou, quand il existe, il liste le périmètre du parking et la procédure de remboursement des notes de frais. Les choses qui comptent y figurent rarement. C’est l’amalgame qui faisait ce travail.
Reste le vocabulaire, toujours soigné. On parle de libérer le junior des “tâches à faible valeur ajoutée” pour qu’il “monte en compétence” sur l’essentiel. Le bleu n’atteint jamais l’essentiel. On lui confie la relecture de ce que la machine a produit, et l’on nomme cela une promotion.
Le vétéran se tourne sur sa gauche pour montrer le geste mais la place est vide. Il n’entend plus le grattement du stylo du bleu qui prenait des notes en se trompant.
Pas étonnant que près de 80% de la Gen Z soit désanchantée par l’IA !
On vous a fait suivre cette newsletter ? Vous la découvrez grâce à un réseau social ? Elle vous plaît ? Abonnez-vous 😀Santé mentale au travail : arrêter de réparer trop tard
La santé mentale au travail devient souvent visible quand il est déjà tard. Un arrêt long. Un conflit qui s’installe. Un manager qui n’en peut plus. Un bon salarié qui part.
Pourtant, les risques psychosociaux ne tombent pas du ciel. L’INRS rappelle qu’ils sont souvent liés à des causes très concrètes : surcharge, manque de clarté, manque d’autonomie, relations de travail dégradées.
Le Code du travail demande à l’employeur de protéger la santé physique et mentale des salariés.
Mais au fond, c’est aussi une affaire de bon pilotage. Ce qui abîme les personnes finit presque toujours par abîmer le travail.
Premier pas simple : choisir trois signaux à suivre chaque mois avec les managers.
Charge réelle, tensions récurrentes, décisions bloquées.
Prévenir, ce n’est pas médicaliser l’entreprise. C’est voir plus tôt ce que le travail est en train de produire.
Lily Facilite la Vie vous aide à transformer la santé mentale en sujet de pilotage.
🤣 Amie lectrice, on recrute chez les dockers
L'un des rares métiers encore exclusivement masculins en France métropolitaine, celui de docker, va bientôt s'ouvrir aux femmes. Au XIXe siècle, le métier, alors pénible, était pourtant féminisé. Aujourd’hui, la conteneurisation et la mécanisation ont fait disparaître l’excuse de la pénibilité pour exclure les femmes.
🌞 Chauffe Marcel !
Les nouvelles pénibilités au travail se déplacent avec le réchauffement de la planète. Cols blancs et cols bleus vont laisser la place aux cols secs et cols mouillés.
😱 Va falloir leur faire la peau
Le site de cours particuliers Preply a recensé les vingt pires expressions de bureau qui agacent les Français en 2026. Du coup, c’est OK, je reviens vers toi pour brainstormer et sortir de ta zone de confort. Si tu veux, je te pitcheavec bienveillance pour être force de proposition.
🥸 Google parie sur les jeunes
Les élèves des écoles Clichy et Blanche, dans le IXe arrondissement de Paris, ont été accueillis au siège de Google pour échapper aux fortes chaleurs dans les salles de classe. Pour le télétravail, n’y pensez même pas.
🤔 T’es toxique ?
L’essentiel des dégâts au travail ne vient pas des pervers ni des tyrans, mais de gens persuadés de bien faire. Et vous, vous êtes dans quel camp ?
Vite dit
La canicule revient : pas une raison pour taper sur vos collègues 🌀 Le retour des démons ! Tous fous ! 🌀 Selon Freelance.com, 37% des 25-34 ans projettent séreusement de devenir freelances.
Attention aux métiers idéalisés. Ils ne sont pas toujours aussi désirables qu’on pourrait le penser.
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