La chair est triste hélas ! et j'ai lu tous les livres
Qui lit encore les livres ? Les algorithmes et le scroll on tourné la page. Les ravages s'en font sentir, de l'école à l'entreprise. Les lecteurs de livres, future élite du travail ?

Laurent Joffrin l’a noté cette semaine dans Le Libre journal : l’écrit régresse. Fermetures de librairies (plus de fermetures que d’ouvertures en 2025), crise massive dans la presse, baisse du niveau de français au bac. Les symptômes s’aggravent. Joffrin identifie le virus à la source de l’épidémie : le temps passé devant les écrans, au détriment de celui passé à lire des livres.
Les statistiques ont, en effet, de quoi se faire peur.
Une personne passe en moyenne un quart de son temps éveillé devant les écrans pour un usage personnel, soit environ quatre heures par jour, selon le Baromètre du numérique 2025, ARCEP.
Entre 2012 et 2023, le nombre d’adolescents de 13 ans lisant pour le plaisir “presque tous les jours” est passé de 27 % à 14 % selon le Centre national des statistiques de l’éducation (USA).
Selon les État généraux de la lecture pour la jeunesse (France, 2025-2026), les non-lecteurs – ceux qui ne lisent aucun livre par an – représentent près d’un Français sur trois.
Ce n’est pas une regrettable régression culturelle, une nostalgie de temps meilleurs. C'est l'esprit qui prend, à un croisement, une routes différente. Car la baisse de lecture se fait au bénéfice du scroll.
Ceux qui lisent et ceux qui scrollent ne vivent plus dans le même temps. Ils ne pensent plus de la même façon. Et ça change tout en entreprise.
La lecture d’un livre est un exercie qui induit des mécanismes particuliers ; le scroll et le feed font appel mécanismes cognitifs totalement différents.
Celui qui lit trois cents pages accepte d’avancer sans pouvoir sauter hors du texte. Il n’y a pas de défilement. Un auteur impose un rythme, une tension logique qui se déploie sur la durée. On doit la suivre. Le cerveau apprend à marcher longtemps dans la même direction sans rebond. En réunion, cela veut dire : tu peux dérouler une hypothèse du début à la fin. Tu ne demandes pas à changer de sujet quand ça devient serré. Si tu ne connaîs que le scroll, tu sais rebondir. Pas avancer.
Le livre impose aussi la complexité. Une page te présente deux choses vraies qui se contredisent. Il ne te propose pas de trancher. Tu dois les tenir ensemble, les faire dialoguer. Tu lis “cependant”, “néanmoins”, “bien que”, “parallèlement” : tu sens la nuance. Le feed, lui, est binaire : tu lui réponds j’aime ou je rejette, je partage ou je m’ennuie. Sur TikTok, une vidéo dure quinze secondes. La pensée complexe qui demande du temps agonise. En réunion, quand la situation est réellement complexe, celui qui a lu des livres tient bon. Le non lecteur cède : il réclame un choix binaire. La contradiction le paralyse.
Pendant trois cents pages, l’auteur décide pour toi. C’est une forme de contrainte : tu ne peux pas échapper parce que tu t’ennuies. Un chapitre peut être lent à lire, fastidieux. Tu dois le traverser. Cela apprend quelque chose : penser contre son impatience, fabriquer du sens à partir d’une friction. Le feed lui s’adapte. Il regarde où tes yeux se posent et te propose ce que tu aimes déjà. Tu n’apprends jamais à te battre contre toi-même.
La mémoire fonctionne aussi différemment. Un livre te force à garder en tête ce qui s’est passé page 50 pour que la page 150 trouve du sens. Tu dois bâtir une continuité dans ta propre tête. Elle y reste. Quand on raconte une histoire en réunion - par exemple l’évolution d’un client, les raisons d’une décision passée - celui qui a lu peut suivre du début à la fin, voir comment les éléments s’assemblent. Il anticipe. L’autre perd la cohérence après la troisième phrase.
La lecture, c’est ça : une continuité qui refuse le rebond, une complexité qui refuse le binaire, une friction qui oblige à penser contre soi, une mémoire qui dure. La lecture fabrique une structure du raisonnement. Pas juste du savoir ajouté.
J’ai découvert que le milliardaire Peter Thiel, cofondateur de PayPal et de Palantir, emploie un valet pour son iPhone. Il ne le consulte pas lui-même.
On pourrait y voir de la snobinarderie. C’est plus fin. Thiel sait quelque chose : le silence rend visible ce qui compte. Il crée donc une distance entre sa personne et le bruit. Et dans cet ilot, il réfléchit. Il lit. Il décide.
Ce n’est pas un acte de retraite. C’est un acte de puissance. Il a compris que celui qui reste connecté au bruit ne pense plus. Il réagit.
Les gens qui lisent encore des livres constituent une minorité. Ce n’est pas un acte réactionnaire. C’est une recherche de liberté. Refuser d’être mangé par un algorithme addictif, ce n’est pas rejeter la modernité. C’est choisir au lieu de subir.
Vous, puisque vous me lisez, vous naviguez entre ces deux rives, là où souffle la Brise marine de Mallarmé.
On vous a fait suivre cette newsletter ? Vous la découvrez grâce à un réseau social ? Elle vous plaît ? Abonnez-vous 😀Santé mentale des dirigeants : le premier angle mort
Dans un monde instable, l’entreprise a besoin de dirigeants stables Or 32 % des dirigeants subissent une santé mentale altérée.
Et cela arrive dans une période où l’instabilité est devenue la toile de fond : tensions géopolitiques, incertitude économique, prudence des clients, décisions reportées.
Le Baromètre des dirigeants français 2026 le dit clairement : les dirigeants n’attendent plus un hypothétique retour à la stabilité, ils doivent avancer dans l’incertitude.
Dans ce contexte, la stabilité du dirigeant n’est pas un sujet personnel. C’est un outil de pilotage. Et un actif de l’entreprise.
Pour la préserver, un premier pas simple : instaurer un point mensuel de pilotage personnel. Pas pour “faire le point sur soi” façon carnet intime.
Mais pour observer trois effets très concrets : quelles décisions ai-je reportées ? Quelles tensions ai-je évitées ? Quelles urgences ai-je créées parce que je manquais de recul ?
Cette approche s’appuie sur les travaux sur le leadership réflexif : un dirigeant doit savoir ce que son état produit sur ses décisions.
Dans une période instable, cette stabilité-là n’est pas du confort.
C’est une compétence stratégique.
Prendre soin de soi, pour un dirigeant, c’est donner de la puissance à son entreprise.
Lily Facilite la Vie vous aide à transformer la santé mentale en sujet de pilotage.
🤣 Messieurs les ronds de cuir
Quiet ambition (encore une nouvelle expression) : au lieu de fuir l’entreprise, de plus en plus de salariés s’installent stratégiquement dans leurs habitudes, sans ambition. Leur objectif : optimiser leur confort, verrouiller les horaires et préserver leur charge mentale.
🥸 Adieu M. le professeur
Les universités chinoises suppriment les programmes de traduction et de langues étrangères tout en créant de nouvelles formations en IA, en IA incarnée et en robotique.
😇 Comment susciter la confiance ?
Une étude montre qu’inspirer confiance dépend largement de l’environnement et, notamment, de la manière dont les individus dirigés perçoivent leurs dirigeants. Une réalité dans la vie des entreprises, mais aussi en politique.
😟 C’est du propre !
Le doom trolling consiste à décrire son propre produit comme potentiellement apocalyptique, tout en continuant à le vendre… et, surtout, en réclamant aux investisseurs et aux États des milliards supplémentaires pour nous protéger de la menace que l’on crée soi-même ! Suivez mon regard.
🤔 La main dans le sac
Vous voulez connaître la raison secrète pour laquelle les patrons veulent que tout le monde retourne au bureau, tous les jours de la semaine ? Ne cherchez plus c’est à cause de problèmes d’ego.
Vite dit
Corporatisme, luddisme ou peur panique ? 🌀 Et si les candidats à la présidentielle étaient nos collègues ? 🌀 Non mais c’est qui le boss ?
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