La campagne reprend le travail en main
Quand on parle de la "campagne" c'est généralement de manière négative : vide, sous-équipée, abandonnée. C'est mal la connaître. Elle innove et encourage la créativité, culturelle ou entrepreneuriale.
Une petite pause la semaine prochaine, et donc pas de newsletter. Vous allez me manquer.

On a passé des décennies à plaindre la ruralité : l’exode (rural), le déclin (économique), le désert (français). Les rapports, les études et les publications ont mis des mots sur les maux des “territoires”. Avec la compassion qu’on réserve aux causes perdues. Le pendant rural des “quartiers” citadins perdus. Pendant le même temps, les choses ont basculé. Sans bruit, sans grande cause nationale ni grand programme.
La campagne ne demande plus la permission. Elle existe, elle expérimente.
Dans une bibliothèque du Colorado, des gamins de neuf ans construisent des modèles d’énergie hydroélectrique. Pas pour un concours, pas pour décrocher une médaille. Pour réfléchir concrètement : comment alimenter leur commune en électricité. L’espace, accessible gratuitement, est équipé d’imprimantes 3D et de découpeuses laser. Les entrepreneurs y testent du matériel avant d’investir. Les jeunes y bricolent. Un ancien habitué vient d’entrer en école d’ingénieur. Il explique que la bibliothèque l’a mis sur cette voie.
Pendant ce temps, l’Espagne vend des villages entiers. Pas par cynisme. Par pragmatisme désespéré face à España Vacía, l’Espagne vide. Certaines régions ont perdu plus de 4 % de leur population en moins de dix ans. Alors elles tentent le radical : proposer ces territoires à ceux qui veulent y construire autre chose. Et cela attire. Des entrepreneurs en quête de projets de vie qui échappent aux logiques métropolitaines.
Au Japon, un festival d’art contemporain transforme des îles en déclin en destinations touristiques internationales. Résultat : des néo-ruraux s’installent, lancent des cafés, des gîtes, des ateliers. Ces micro-entreprises connectent touristes, communauté locale et initiatives créatives. On appelle cela la “revitalisation néo-endogène” : une dynamique extérieure provoque des réponses entrepreneuriales locales.
En France, les prix de l’immobilier rural grimpent plus vite qu’en ville. Des listes d’attente apparaissent pour la moindre maison. Aux États-Unis, les comtés ruraux ont gagné 430 000 habitants entre 2021 et 2024 après en avoir perdu 60 000 les années précédentes. Le télétravail a cassé le diktat géographique. On peut désormais choisir ces comtés pour y créer son cadre de vie sans sacrifier son activité professionnelle.
Sur TikTok, un influenceur de Franche-Comté explose les compteurs de trafic en célébrant ses champs avec fierté. “Vous avez pas ça à la ville hein les citadins.” Des millions de vues. La campagne n’est plus ringarde. Elle devient esthétique, inspirationnelle. Même la publicité française commence à lâcher son tropisme parisien.
Ce qui se joue là n’est pas une mode passagère. On assiste à un renversement. La ville a longtemps été le laboratoire ; la campagne le territoire qui copiait avec retard. Les innovations les plus intéressantes émergent désormais dans une bibliothèque du Colorado, sur une île japonaise, dans un atelier de design étudiant en Indiana.
Les makerspaces ruraux ne sont pas des fablabs urbains au rabais. Ils inventent leurs propres usages. Les néo-ruraux ne reproduisent pas la vie métropolitaine. Ils construisent des modèles hybrides. Les villages espagnols n’attendent pas qu’on les sauve. Ils se proposent à ceux qui veulent expérimenter.
La ruralité ne mendie plus. Elle propose. Elle teste. Elle attire. Les acteurs locaux transforment les organisations depuis le terrain : ils sont exactement là où il faut être. Là où on réinvente le rapport au travail, à l’espace, au collectif.
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On vous a fait suivre cette newsletter ? Vous la découvrez grâce à un réseau social ? Elle vous plaît ? Abonnez-vous 😀Les CA, de gros nuls en IA
Je vous recommande cet article au constat tragique : les conseils d’administration présentent des défaillances terribles face à l’IA. Frileux et sur la défensive, ils se concentrent sur la conformité plus que sur les opportunités stratégiques. Plutôt ennuyeux au vu de leurs fonctions d’orientation stratégique. Deux tiers des administrateurs avouent n’avoir aucune connaissance en IA, et un tiers n’évoque même pas le sujet en réunion.
Les causes sont multiples : homogénéité sociologique des administrateurs, culture de complaisance, statut “d’intermittents de la gouvernance “ qui limite leur temps d’analyse, et asymétrie d’information avec le management. La France accuse un retard particulier : seulement 28% des CA du SBF120 ont un comité dédié à l’IA.
Pendant que les dirigeants pilotent la transformation IA au quotidien, les CA restent empesés dans leur cadencement trimestriel. Cette désynchronisation crée un gouffre dangereux entre exécutif et gouvernance, alors que la compétence IA d’un conseil affecte directement la performance de l’entreprise.
😵💫 Le travail hybride est mort !
Une petite brève pour un sujet important et un constat que je partage. Dans sa newsletter, Brian Elliott fait part d’une étude du professeur Nick Bloom (Stanford) qui démontre que le pourcentage d’entreprise ayant adopté le travail hybride est largement majoritaire avec 71% des entreprises du classement Fortune 100. Dans le même temps, il récuse l’expression “travail hybride”. Ce terme est en train de disparaître, a déclaré Bloom, précisant qu’il l’avait retiré du titre de son livre sur le télétravail. La raison ? Le terme “hybride “ se concentre sur le lieu de travail, alors que les vraies questions portent sur la manière dont les équipes collaborent, les raisons de leurs réunions et l’importance réelle de la présence physique.
🤔 Fiche de poste
Votre spécialité de chef d’engin blindé consiste à assurer le commandement d’un équipage (3 à 6 personnes) en temps de paix comme en temps de guerre, participer à l’encadrement du peloton au quotidien et assurer, éventuellement, une responsabilité technique au sein de votre unité. Neuf semaines de permission, facilités de logement et repas inclus. Et rémunération multipliée par 2,5 en opérations extérieures.
😱 Allons bon
Depuis 2023, la part des hommes revenant au bureau a augmenté et celle des femmes est restée stable. Ce que le US Bureau of Labor Statistics appelle une “reségrégation silencieuse du travail” : les femmes gagnent en autonomie au prix d'une moindre visibilité au bureau, tandis que les hommes bénéficient d'une présence physique accrue mais sacrifient leur équilibre vie professionnelle-vie privée.
😤 Les Chinois à Paris
L’explosion de la robotique, la révolution énergétique, la mainmise culturelle : on l’attendait de la part des États-Unis, mais c’est la Chine qui l’a fait : 23 façons dont vous vivez déjà au siècle chinois.
🥴 Faut-il montrer ses vulnérabilités ?
Startup, entreprises, votre univers impitoyable ? Derrière la vie en rose des récits très French Tech on trouve parfois des drames humains. En parler était tabou. Mais plus maintenant : la parole se libère, la résilience aussi.
👍 Le travail c’est comme on veut
Je vous l’écrivais la semaine passée : on devrait pouvoir travailler où, quand et comme on veut. La troisième édition du HP Work Relationship Index (PDF) met en avant le potentiel de l’IA pour faire advenir un “travail à la carte”.
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Réseaux sociaux : le problème c’est l’algo, pas les ados 🌀 Mais qu’est-ce qui fait du bureau un endroit idéal ? 🌀 Joli : l’enfant et le coworking 🌀 France Travail écope d’une amende 🌀 La fin d’une époque.
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