J'apporte mon matelas au bureau?

Allonger le temps de travail au bureau est-il le modèle que nous voulons adopter ou vaut-il mieux réfléchir à la diminution du temps de travail pour la productivité et le bien-être des salariés ?

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La pandémie a ébranlé le dogme du travail présentiel à 100%. Cette nouvelle flexibilité du lieu de travail, plus ou moins bien acceptée, en cache une autre : la flexibilité du temps de travail.

Arriver - et repartir - tous ensemble à la même heure au bureau, pour la même durée de travail, n’est pas une très bonne idée. Cela engorge les routes et les transports en commun alors que l’on sait faire autrement. Et a-t-on vraiment besoin de tous travailler le même nombre d’heures ? La liberté d’horaires apportée par les confinements nous a enseigné qu’on pouvait répartir nos heures de travail dans la journée selon nos convenances, et nos obligations aussi. Et que notre productivité n’était pas liée au temps passé.

Vous avez peut-être déjà entendu parler du rythme de travail 996 en vigueur dans les entreprises chinoises, surtout technologiques : travail de 9h du matin à 9h du soir et 6 jours par semaine. Et pour augmenter la productivité, certaines entreprises encouragent même leurs salariés à dormir au bureau. Ce serait ballot de se fatiguer dans les déplacements inutiles alors que l’on bosse déjà 2 x 35h par semaine, non ?

Cette vision du travail, so XIXe siècle, n’est pas très éloignée, dans l’esprit, de celle des Gafam pré-Covid, qui enfermaient leurs salariés dans de superbes multiplex tout confort.

Mais, depuis mars 2020, on a réussi à introduire un peu de souplesse dans le choix du lieu de travail. Il est temps de se pencher sur la flexibilité du temps de travail.

Pendant un an et demi, nous avons eu le temps de réfléchir à notre condition, à notre travail, à notre vie. Confinements, chômage partiel, baisse d’activité nous ont permis de bien identifier sur ce que nous ne voulions plus vivre. Plus de 110 000 salariés de la restauration ont déserté leur secteur d’activité. Des milliers de salariés ont déménagé loin de leur entreprise à qui ils posent des problèmes d’organisation. D’autres changent de métier.

Un phénomène baptisé The Great Resignation (La grande démission) qui touche déjà plus de 4 millions d’Américains (sur 20 millions qui ont démissionné depuis mars 2021). Un ras-le-bol qui explose et dont Shana Blackwell, salariée dans un supermarché Wallmart, est devenue l’emblème il y a un an. Un jour, elle craque et annonce publiquement sa démission dans la sono du magasin avec les causes de son départ : racisme de collègues, harcèlement de sa manageuse, manière de traiter les salariés, elle déballe tout.

Sa vidéo sur le réseau social TikTok compte déjà 36 millions de vues et des hashtags #Quitmyjob, #BigQuit ou #GreatResignation fleurissent sur Twitter. Le marché du travail aux Etats-Unis favorise ces comportements car les démissionnaires peuvent facilement retrouver du travail.

Mais en Chine également on vote avec ses pieds, on pratique la grève du travail sans défilés ni banderoles. Le mouvement #TangPing (“s’allonger à plat”) regroupe des jeunes Chinois qui refusent le surmenage imposé.

Il semble que le signal d’alerte soit suffisamment important pour que les entreprises se posent la question de leurs pratiques managériales, du libre choix des conditions de travail, de la confiance que l’on accorde à ses salariés.

J’échangeais en début de semaine avec un ami qui travaille dans un groupe de 1000 salariés dans le secteur des médias et de la communication. L’entreprise a établi une charte télétravail après le 1er confinement qui autorise une journée fixe de télétravail par semaine, au domicile uniquement. Et l’entreprise menace les rouspéteurs de convertir les bureaux en flex office !

Bonne chance pour conserver leurs talents et pour recruter.

Pour approfondir les sujets :

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Les sénateurs prennent le train du télétravail

La délégation à la prospective du sénat s’est penchée du télétravail qui risque fort de bouleverser nos vies personnelles et professionnelles et transforme déjà fortement les pratiques managériales et le rapport au travail. S’appuyant sur une table ronde organisée au sénat en avril 2021, quelques auditions et études, ce court rapport pose huit questions sur l’avenir du télétravail et imagine ses futurs possibles.

Voir aussi la vidéo des échanges (en télétravail) et lire le compte-rendu de la table-ronde.


Vite dit

✊ Not in my backyard
Grand Lieu communauté, en Loire-Atlantique, dont fait partie la commune de Montbert, annonce sa décision de ne plus donner suite au projet d’implantation du centre logistique d’Amazon de 17ha sur la commune. Et une ZAD en moins.

😱 Apports des emplois numérique et menaces sur la filière
La Fédération Syntec publie deux études : la 1ère sur le départ des emplois du numérique à l’étranger à cause de la crise sanitaire et du télétravail et le 2e sur le rôle des emplois à valeur ajoutée dans le développement économique des territoires.

🐝 Armand quitte le bio
Armand est vigneron et ne souhaite pas produire en bio. Enfin pas tout à fait. Il refuse juste les labels bio, "un grand pas pour les industriels, mais un tout petit pas pour la planète". Explications.

📘 C’est dit, j’achète une Kindle
Vous savez quoi ? Le livre, cet objet so chic, ami des anti-numériques est en réalité un gros pollueur. C’est surtout sa chaîne de production qui pousse au gâchis, à la surproduction et à la mise au pilon. Sans compter avec la fabrication du papier. C’est peu dire que Jeff Bezos était un visionnaire.

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Expert en psychologie positive, Jacques Lecomte promeut un modèle d'entreprise alternatif fondé sur la coopération, l'interdépendance et le service à autrui. Sympa, non ?

🤔 Faut-il pleurer les vieilles banques ?
La néo-banque allemande N26 lève 900 millions de dollars supplémentaires. Une opération qui lui permet de combler en partie son retard face à Revolut, son concurrent britannique. Et qui la place devant la Commerzbank.

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Tracker les trains, les avions et les bateaux

Des applis bluffantes, qui me fascinent presqu’autant qu’un feu de bois ou des poissons dans un aquarium. Flight Aware, une application pour suivre en direct les vols d’avions partout dans le monde, Marine Traffic pour suivre les mouvements de bateau en temps réel et Carto Graou pour suivre les déplacements des trains en France.


Un dernier truc

J’avais suivi (à distance) le périple de Gaspard Koenig à cheval, de Bordeaux à Rome, sur les pas de Montaigne. Ce voyage assez initiatique s’est traduit en un livre de 576 pages, Notre vagabonde liberté, qu’il présente dans cette vidéo de la librairie Mollat, interviewé par Michel Onfray.


Bonne semaine

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