Futur du travail, sur scène ou en coulisse ?
Deux actualités cette semaine, sans lien apparent, font réfléchir sur le futur du travail. Entre Fête du travail et promesse de happy hours sans fin, les décideurs sont en panne de scénarios.

Le débat sur l’ouverture des commerces le 1er Mai a viré surréaliste. Quelques boulangers, fleuristes ou cavistes ont bravé l’interdit. Des élus se sont précipités dans des commerces : pour s’indigner, ou pour applaudir, en modes théâtral et audiovisuel bien rodés. Personne, ou presque, n’a posé la question simple : les salariés, eux, ils veulent quoi.
D’abord j’ai pensé : nous avons une vision bien bureaucratique de l’action publique, celle qui préfère l’interdit général au cas particulier négocié. Comme s’il était impossible de concilier la liberté de choix des salariés volontaires, la rémunération majorée du travail férié (ou dominical), et la commémoration des combats ouvriers fondateurs du 1er mai. Et pourquoi pas les trois ?
Ensuite, il m’est revenu : le dialogue social est verrouillé par des organisations qui parlent au nom de salariés, salariés qui, pour la grande majorité, ne les ont pas mandatées. Le taux de syndicalisation en France plafonne à 7,8 % dans le secteur privé. Dans les entreprises de moins de 50 salariés, ce chiffre tombe à 5%. Cela n’enlève rien à la légitimité historique des syndicats qui ont encore leur rôle à jouer. Mais je me pose une question. Qui parle pour les autres 92 % de salariés non représentés ?
De 1er mai en 1er mai, des positions claniques figées, rejouées devant les caméras chaque année, sans réflexion sur les scénarios réalistes de la vie des salariés, des commerçants et de leurs clients. Ce n’est pas oublier l’histoire des combats sociaux.
Le grand silence
Second signal repéré cette semaine, dans une interview sur LCI. Un ancien ministre de l’Éducation, un peu IA-dolâtre, déroule un scénario.
Si l’IA tient ses promesses d’améliorations spectaculaires dans le domaine de la santé, elle permettra d’éradiquer un grand nombre de maladies dans un avenir très proche. L’espérance de vie à la naissance pourrait atteindre jusqu’à 150 ans ou même 200 ans, ajoute-t-il.
Et si, comme l’annoncent certains, l’IA couplée à la robotique mettait une très grande partie de la population mondiale au chômage ? Il faudrait les indemniser avec un Revenu Universel de Base (RUB) élevé (Elon Musk parle de 3000 € par mois). Que ferions-nous alors de nos journées ? Beaucoup de gens, dit l’ancien ministre, n’auraient pas les ressources intérieures pour affronter ce très long vide. S’en suivraient l’ennui, le désespoir voire le suicide. Félix Leclerc avait raison, “Non j’y tiens, la meilleure façon de tuer un homme, C’est d’le payer à ne rien faire”.
La solution de l’ex-ministre ? Réinventer l’école qui devrait aider les élèves à se former un bagage tourné vers la culture, la philosophie et l’épanouissement intellectuel. Vaste programme.
Beaucoup de “si” dans ce scénario théorique articulé sur une rhétorique contestable à chacune de ses étapes. On peut sourire, hausser les épaules, lister les naïvetés. Pourtant, cette bouffée prévisionniste donne une occasion de réfléchir.
Ce n’est pas tant le contenu du scénario qui fait réagir mais ce qu’il montre en creux. À un an de la présidentielle, le numérique et l’intelligence artificielle sont quasiment absents des programmes électoraux. Alors même qu’elles sont intégrées par la majorité des citoyens et constituent la révolution productive du siècle. Quand les politiques,abordent le sujet, ils le font sous des angles connexes et anecdotiques : deepfakes en campagne électorale, piratages, armes autonomes. Ils ne l’abordent jamais sous l’angle de l’infrastructure du travail, de l’école, de la santé, de la fiscalité.
En trente ans, la productivité horaire a progressé deux fois plus vite aux États-Unis qu’en zone euro, portée par la production et la diffusion des technologies numériques. Neuf des dix plus grandes capitalisations mondiales sont aujourd’hui des entreprises technologiques.
Ces deux histoires, du 1er mai et de l’IA, nous renvoient au même sujet. Les institutions qui auraient vocation à anticiper les mutations du travail, syndicats d’un côté, partis politiques de l’autre, sont occupées ailleurs. À rejouer des scènes anciennes ou à jouer les influenceurs sur les réseaux sociaux.
Les transformations réelles, avancent sans ces acteurs.
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On exhorte les salariés à s’exprimer. Mais dans la plupart des organisations, parler reste coûteux et dangereux. Le silence est moins une défaillance qu’une stratégie pour ne pas s’exposer.
🤔 Faut voir à voir
Les femmes sont surreprésentées (86%) dans les métiers les plus exposés à l’IA. Pas étonnant donc qu’elles soient plus circonspectes et prudentes face aux risques et aux enjeux de ces “intelligences”.
🥴 Spleen
Selon le Baromètre du travail de la fonction publique, c’est le gros stress des fonctionnaires : 17 % des agents déclarent qu’il est assez probable qu’ils quittent la fonction publique dans les prochaines années.
🚌 Auto-boulot-dodo
Waymo (Google/Alphabet) s’associe à Avis pour gérer sa flotte de robots-taxis. Chauffeur de taxi, encore un petit métier tué par l’IA.
🥷 Démocratie d’entreprise
Elon Musk a manœuvré pour obtenir un droit de veto quasi total sur toute tentative de le destituer de son poste de président de SpaceX. Président à vie comme un simple autocrate. Le plus drôle, c’est qu’il n’a pas eu cette idée tout seul : Il l’a pompée chez Mark Zuckerberg à Facebook.
🙃 Je ne veux voir qu’une seule tête
Pour qu'un collectif fonctionne, il faudrait supprimer les tensions, aligner les intérêts, dissoudre les conflits. Or, un collectif sans contradiction est un collectif mort nous dit Philippe Silberzahn.
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