Bureaucratie : monstre aux pieds d'argile ? (2)
Le secteur public n'a pas le monopole de la bureaucratie. Le privé connaît lui aussi une inflation bureaucratique. Comment attaquer le monstre ? Par le détail.

Cette semaine, deuxième partie de notre dossier sur la bureaucratie.
Six salariés sur dix jugent leur organisation hiérarchisée. Les réunions coordonnent d’autres réunions. Les validations s’empilent. Le temps passé à la justification du plutôt qu’au travail effectif. C’est ainsi que la bureaucratie structure le quotidien de millions de travailleurs.
Toutes les organisations ne souffrent pas de ce mal de manière égale. Le sociologue Michel Crozier l’a montré : la différence ne tient pas à la nature publique ou privée de la structure, mais à sa soumission ou non à la concurrence.
Pour les entreprises concurrentielles, les alertes sont tranchantes. Parts de marché qui baissent, bénéfices qui stagnent, investissements qui s’évaporent. Ces signaux déclenchent en général des réactions : des réformes se mettent alors en place.
Le prhénomène devient un monstre pour les organismes en situation de monopole. Sans signal d’alarme externe, le système peut s’enkyster, de plus en plus profondément. L’Éducation nationale, les hôpitaux publics, la SNCF, la RATP : protégés - donc devenus sourds et aveugles -, par des quasi-monopoles, ces organisations ne reçoivent, plus de l’extérieur, aucun signal clair. Tout le monde voit bien qu’il faut réformer mais les couches successives de petites réformes ne font qu’ajouter, couche par couche, du contrôle sans s’attaquer au mécanisme.
Le privé n’est pas immunisé. Quand une entreprise atteint une taille critique, elle crée des poches de monopole interne. Tel service n’a pas de concurrent. La bureaucratie s’y installe. Aussi confortablement que dans n’importe quelle administration.
Les symptômes sont visibles partout. Le reporting devient quotidien. Un commercial passe plus d’heures à remplir son CRM qu’à voir des clients. Un ingénieur consacre ses vendredis aux comités de pilotage…
Entre 2005 et 2010, le taux d’encadrement a bondi de 7% : de plus en plus de managers qui managent d’autres managers.
Au-delà des chiffres connus, la bureaucratie entraîne des coûts invisibles.
La démobilisation : pourquoi proposer une amélioration qui aboutira à six mois de réunions de comités ?
La résignation de ceux qui ont essayé.
L’énergie détournée du travail réel vers sa justification.
Des contre-exemples existent.
L’Oréal a créé des « ambassadeurs digitaux» transverses : diminution de trente pour cent du temps de coordination entre 2021 et 2023.
Berkshire Hathaway maintient son équipe de direction au minimum.
Haier développe une approche entrepreneuriale avec autonomie réelle (voir les références dans l’article sur le site de Zevillage)
Leur objectif commun ? Réduire les niveaux hiérarchiques, rapprocher la décision du terrain, remplacer le contrôle des moyens par l’évaluation des résultats.
Quelle sont les recettes pour changer de culture ? Pas simples. Quelques leviers : commencer petit dans son périmètre immédiat, créer des espaces d’expérimentation et des espaces d’autonomie réelle. Mais soyons lucides : le changement culturel prend une génération. Crozier espérait que les jeunes générations changeraient les choses. Soixante ans plus tard, le système reste fidèle à lui-même.
Accepter passivement ce statu quo garantit sa perpétuation.
La grande réforme pour faire tomber le monstre est un leurre.
La transformation se fait par petites brèches, par accumulation d’expériences locales. C’est long, fragile, incertain…
🟥 Lire l’article complet sur le site de Zevillage pour les exemples détaillés, l’analyse du cercle vicieux au quotidien, et les pistes concrètes de transformation.
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Petite révolution au travail ? La société Wispr vient de lancer une application de dictée vocale à base d’IA. Et si demain, nous dictions plutôt que d’écrire, comment l’aménagement des bureaux évoluerait-il pour gérer la nuisance sonore ?
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Un réserviste de l’armée israélienne a été mis en examen, soupçonné d’avoir placé des paris sur la plateforme Polymarket, sur la base d’informations secrètes auxquelles il avait eu accès.
😡 Le travail hybride stabilisé, mais rogné
En France, le télétravail s’est stabilisé autour de deux jours à distance par semaine. Mais certaines entreprises réduisent ce nombre, là où deux ou trois jours étaient possibles, pour n'en proposer plus qu'un seul.
😖 Ces vieux qu’on n’aimait pas
En France, le taux d'emploi des 55-64 ans plafonne à 62 %, nettement en deçà de la moyenne européenne de 67 %, de l'Allemagne à 76 % et de la Suède à 78 %.
🥴 Quel mot vous ne comprenez pas dans “un travail avec du sens” ?
En France, 71 % des actifs se déclarent prêts à changer radicalement de carrière, en quête de sens et d'alignement avec leurs valeurs. 89% de la génération Z (et 92% des Millennials) pensent qu'avoir un sens au travail est clé pour la motivation, l'engagement, la satisfaction au travail et le bien-être.
Ne flattez pas vos salariés
Les compliments au travail ? Les salariés n'y croient plus. Selon une enquête de Fasterclass (2 501 actifs, février 2026), 49 % des Français voient dans les éloges professionnels de la diplomatie plutôt que de la sincérité. Plus révélateur : 65 % ont découvert un jour, via un retour plus direct, que les compliments reçus étaient trompeurs ou incomplets.
Ce que veulent les salariés, c'est du concret : un exemple précis, l'impact produit, une suite claire. Au total, 85 % des répondants plébiscitent le feedback positif structuré plutôt que le "bravo, super boulot" vague. Le compliment flou ne motive pas. Il rend méfiant.
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Le service public des cartes 🌀 Une chaise à roulettes bouge plus que vous 🌀 En Allemagne on doit voir le ciel au bureau ! 🌀 Ça c’est du droit à la déconnexion 🌀 Les entreprises japonaises ne rigolent pas avec la santé.
Vous avez dit souveraineté numérique ? Le juge français à la Cour pénale internationale (CPI), Nicolas Guillou, témoigne de notre dépendance numérique aux plateformes américaines.
Il a été placé sous sanctions par une décision de Donald Trump prise le 20 août dernier parce qu’il avait émis des mandats d’arrêt qui ne plaisaient pas aux États-Unis. Du jour au lendemain, ses e-mails sont inaccessibles, ses cartes bancaires sont bloquées sans explication, et ses réservations en ligne sont effacées.
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